Voisins partageant l'énergie solaire dans une rue résidentielle belge
Publié le 12 avril 2024

Lancer une communauté d’énergie en Belgique est moins un défi technique qu’un projet humain et contractuel, dont le succès dépend de l’anticipation des points de friction administratifs et légaux propres à chaque région.

  • Les cadres légaux pour le partage d’énergie diffèrent fondamentalement entre la Wallonie (axée sur les circuits courts étendus) et Bruxelles (optimisée pour la densité urbaine).
  • Le point le plus sensible est la définition d’une clé de répartition équitable des kWh, qui doit aller au-delà des simples tantièmes de copropriété pour refléter les consommations réelles.
  • La rédaction d’une convention interne solide avant même le début du projet est l’étape la plus cruciale pour garantir la pérennité et l’harmonie de la communauté.

Recommandation : Avant d’investir dans le matériel, organisez une réunion avec les participants potentiels pour définir et valider ensemble les règles de gouvernance, de répartition et de facturation de votre future communauté.

Face à la volatilité des prix de l’énergie et à l’urgence climatique, de plus en plus de citoyens belges cherchent à reprendre le contrôle de leur consommation. L’idée de produire sa propre électricité via des panneaux solaires et de la partager avec ses voisins directs apparaît comme une solution évidente, porteuse de sens et d’économies. C’est le principe de la communauté d’énergie : un circuit court qui transforme un groupe de consommateurs passifs en acteurs de leur transition énergétique. Mais si l’installation de panneaux photovoltaïques est devenue une démarche relativement simple, la mise en place d’un système de partage efficace et équitable est une tout autre affaire.

Beaucoup de projets s’arrêtent face à la complexité apparente des réglementations. Pourtant, la véritable clé du succès ne se trouve pas sur les toits, mais dans les statuts d’une convention. Le défi n’est pas tant technique qu’humain et contractuel. Il s’agit de bâtir une gouvernance juste avant même de partager le premier kilowattheure. La réussite d’une communauté d’énergie ne se mesure pas seulement en kWh autoproduits, mais aussi à sa capacité à gérer les inévitables questions de répartition, de facturation et de fiscalité de manière transparente et acceptée par tous.

Cet article se veut un guide pratique, pensé pour vous, facilitateurs de projets citoyens en Belgique. Nous allons décortiquer ensemble les spécificités régionales qui font la complexité mais aussi la richesse de ces initiatives. Des cadres légaux asymétriques de la Wallonie et de Bruxelles à l’épineuse question de la clé de répartition, en passant par les erreurs à ne pas commettre, vous trouverez ici les clés pour transformer votre projet de voisinage en une communauté d’énergie durable et harmonieuse.

Pour naviguer efficacement à travers les différentes facettes de la création d’une communauté d’énergie en Belgique, cet article est structuré pour répondre aux questions les plus concrètes que vous vous posez. Le sommaire ci-dessous vous permettra d’accéder directement aux sections qui vous intéressent le plus.

Pourquoi la Wallonie et Bruxelles ont-elles des règles de partage différentes ?

La première complexité, typiquement belge, à laquelle tout projet de communauté d’énergie est confronté est la régionalisation des compétences. Loin d’être un simple détail administratif, les cadres légaux définis par la Wallonie et la Région de Bruxelles-Capitale reflètent des philosophies et des réalités territoriales très différentes. Comprendre cette dualité est le point de départ non négociable pour structurer correctement votre projet. D’un côté, la Wallonie, avec son décret et l’encadrement de la CWaPE, a conçu un système favorisant les circuits courts dans un contexte moins dense, permettant un périmètre local étendu. De l’autre, Bruxelles, via une ordonnance supervisée par BRUGEL, a optimisé le partage pour la densité urbaine, en se concentrant sur l’autoconsommation collective au sein d’un même bâtiment ou d’une zone très restreinte.

Cette divergence se manifeste concrètement dans la nature des projets pilotes. En Wallonie, le projet de la cité Hennen à Stembert, où des panneaux sur des logements sociaux alimentent tout un quartier, illustre cette vision élargie. À Bruxelles, l’initiative de l’asbl Nos Bambins à Ganshoren, où une école partage son surplus avec une quinzaine de voisins immédiats, est un exemple parfait d’optimisation en milieu urbain dense. Il ne s’agit pas de savoir quel système est le « meilleur », mais de comprendre lequel s’applique à votre situation géographique pour en exploiter toutes les possibilités.

Étude de cas : Stembert (Wallonie) vs. Ganshoren (Bruxelles)

En Wallonie, le projet pilote de la cité Hennen à Stembert illustre l’approche régionale pour les communautés d’énergie renouvelables (CER). Une cinquantaine de panneaux photovoltaïques financés par ORES ont été installés sur le toit des logements sociaux Logivesdre, permettant un partage d’énergie au sein d’un quartier entier. À Bruxelles, l’asbl Nos Bambins à Ganshoren représente le premier projet pilote bruxellois : une école communale équipée de 50 panneaux photovoltaïques partage son surplus de production avec une quinzaine de voisins du quartier, générant, selon un de ses membres, une économie de 200 à 250€ par an pour un consommateur moyen.

Les différences ne s’arrêtent pas là : les procédures administratives, les types de communautés autorisées (Communauté d’Énergie Renouvelable – CER, ou Communauté d’Énergie Citoyenne – CEC) et les acteurs en jeu (ORES/RESA vs. Sibelga) varient. Le tableau suivant synthétise les distinctions essentielles à connaître avant d’aller plus loin.

Comparatif des cadres légaux wallon et bruxellois pour les communautés d’énergie
Critère Wallonie Bruxelles
Texte légal Décret du 2 mai 2019 et arrêté du 17 mars 2023 Ordonnance du 17 mars 2022
Régulateur CWaPE BRUGEL
Gestionnaire de réseau ORES, RESA, AIEG Sibelga
Périmètre géographique Périmètre local étendu (plusieurs bâtiments dans une zone définie) Même bâtiment ou zone restreinte (cabine basse tension)
Type de communauté CER (Communauté d’Énergie Renouvelable) et CEC (Communauté d’Énergie Citoyenne) CER, CEC et partage intra-bâtiment
Procédure administrative Notification à la CWaPE Autorisation par BRUGEL (valable 10 ans)
Philosophie Favorise les circuits courts ruraux et péri-urbains Optimise la densité urbaine et l’autoconsommation collective en immeuble

Comment répartir équitablement les kWh solaires entre un studio et un penthouse ?

Une fois le cadre légal identifié, le cœur du débat au sein de toute communauté d’énergie, particulièrement en copropriété, est la fameuse clé de répartition. Comment s’assurer que le partage de l’électricité produite sur le toit commun soit juste pour tous, que l’on habite un petit studio ou un grand penthouse avec des habitudes de consommation très différentes ? L’équité est ici un concept subjectif qui doit être objectivé par une méthode claire, transparente et acceptée par tous les membres dès le départ. Ignorer cette étape, c’est semer les graines de futurs conflits.

Trois grands modèles de répartition se dégagent, chacun avec ses avantages et ses inconvénients. Le premier, et le plus simple administrativement, est la répartition par tantièmes (ou quotités de copropriété). Si cette méthode est facile à calculer, elle est souvent la moins juste car elle ne tient aucun compte des consommations réelles. Une autre approche est la clé statique basée sur la consommation historique de chaque logement. Plus équitable, elle lisse les consommations sur une année mais reste rigide face aux changements de vie (arrivée d’un enfant, télétravail, etc.).

Le modèle le plus avancé et le plus juste est sans conteste la clé de répartition dynamique. Grâce aux compteurs intelligents, l’électricité produite est allouée en temps réel aux logements qui la consomment au moment de la production. Ce système maximise l’autoconsommation collective et garantit que chacun paie pour ce qu’il consomme réellement. Bien qu’il nécessite une infrastructure technique plus poussée, il représente la solution la plus pérenne pour l’harmonie de la communauté.

Voici les trois principaux modèles de clés de répartition, qui doivent être discutés et inscrits dans la convention interne de la communauté :

  • Modèle 1 – Clé fixe par tantièmes : La production solaire est répartie selon les quotités de copropriété. Simple à mettre en œuvre administrativement, mais peut être inéquitable si les profils de consommation diffèrent fortement.
  • Modèle 2 – Clé statique basée sur la consommation historique : Répartition calculée sur la consommation annuelle moyenne de chaque logement au cours des 12 derniers mois. Plus juste que les tantièmes, mais ne tient pas compte des variations saisonnières ou des changements de mode de vie.
  • Modèle 3 – Clé dynamique en temps réel : Nécessite des compteurs intelligents et une plateforme de gestion. L’électricité est allouée en priorité aux logements qui consomment au moment de la production solaire. Maximise l’autoconsommation collective et l’équité, mais requiert une infrastructure technique plus avancée.

Vendre ou donner son surplus aux voisins : quelle option fiscale privilégier ?

Une fois l’électricité produite et partagée, une question cruciale se pose : comment gérer financièrement les flux d’énergie ? Faut-il « vendre » l’électricité à ses voisins à un prix défini ou la « donner » en échange d’une participation aux frais d’installation et de maintenance ? Cette décision a des implications fiscales et administratives importantes. En Belgique, la vente d’électricité par un particulier peut être considérée comme une activité économique, avec des conséquences en matière de TVA et d’impôts sur le revenu. Cependant, le législateur a prévu des seuils pour simplifier la vie des petits producteurs.

La règle générale est la suivante : tant que les revenus annuels générés par cette activité ne dépassent pas un certain seuil, vous pouvez bénéficier d’un régime de franchise. Par exemple, la franchise de TVA est applicable pour les activités dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 25 000 € par an, un montant rarement atteint par une communauté de voisinage. Au niveau de l’impôt des personnes physiques, la situation est plus nuancée et dépend de la puissance de l’installation.

L’asbl Renouvelle, spécialisée dans les énergies renouvelables, apporte une précision essentielle sur ce point, qui définit la frontière entre la gestion de patrimoine privé et une activité professionnelle :

Les particuliers et copropriétés doivent déclarer les revenus des certificats verts et de la vente d’injection uniquement si la puissance des onduleurs dépasse 10 kVA. Au-delà de cette limite, on considère que les revenus issus de l’exploitation de l’installation ne rentrent plus dans la gestion normale du patrimoine privé.

– Renouvelle, Article sur la fiscalité de la revente d’électricité

En pratique, pour la plupart des projets de partage en copropriété ou entre quelques maisons, la puissance reste bien en deçà de ce seuil de 10 kVA. L’option la plus simple et la plus courante est donc de ne pas « vendre » l’électricité, mais de mettre en place un système de répartition des coûts. Les membres de la communauté ne paient pas pour des kWh, mais contribuent aux frais (amortissement de l’installation, maintenance, assurance) au prorata de leur consommation de l’énergie partagée. Cette approche évite la complexité d’une facturation commerciale et les tracas fiscaux associés, tout en restant juste pour tous les participants.

L’erreur de ne pas rédiger de convention interne claire avant de partager

L’enthousiasme initial d’un projet de communauté d’énergie peut parfois faire oublier l’essentiel : l’aspect humain et contractuel. L’erreur la plus fréquente, et la plus dommageable à long terme, est de se lancer dans le partage d’énergie en se basant sur de simples accords verbaux. Une convention interne, rédigée collectivement, signée par tous les membres et annexée au règlement de copropriété si nécessaire, n’est pas une simple formalité administrative. C’est la pierre angulaire qui garantit la pérennité et l’harmonie du projet.

Pourquoi est-ce si crucial ? Parce que cet engagement n’est pas anodin. Par exemple, à Bruxelles, une autorisation pour une communauté d’énergie est valable pour une période de 10 ans renouvelables, comme le précise le régulateur BRUGEL. S’engager sur une décennie sans règles claires est la recette assurée pour des conflits de voisinage. La convention doit être un document vivant qui anticipe toutes les situations possibles : que se passe-t-il si un membre déménage ? Qui est responsable en cas de panne de l’onduleur ? Comment sont prises les décisions pour de futurs investissements ? Comment est modifiée la clé de répartition si la composition d’un foyer change ?

Ne pas formaliser ces points par écrit, c’est laisser la porte ouverte à l’interprétation, aux malentendus et aux litiges. La convention transforme un accord de principe en un engagement mutuel et transparent. Elle protège à la fois la communauté dans son ensemble et chaque membre individuellement. C’est l’outil qui permet de gérer les départs, d’accueillir de nouveaux membres et de résoudre les désaccords de manière structurée, sans remettre en cause l’ensemble du projet. Le temps investi dans sa rédaction est le meilleur investissement pour la réussite à long terme de votre souveraineté énergétique locale.

Votre plan d’action pour une convention solide :

  1. Définir les parties prenantes : Lister précisément tous les participants (points de contact EAN, adresses) et les conditions d’adhésion pour les futurs membres.
  2. Fixer les règles financières : Détailler la clé de répartition choisie (cf. section 2), le mode de calcul des contributions aux frais et les modalités de paiement.
  3. Établir la gouvernance : Décrire comment les décisions sont prises (majorité simple, qualifiée ?), qui représente la communauté et comment les conflits sont gérés.
  4. Prévoir les entrées/sorties : Définir la procédure claire et chiffrée pour un membre qui vend son bien ou souhaite quitter la communauté, ainsi que pour un nouvel arrivant.
  5. Organiser la gestion technique : Désigner un responsable pour le suivi de la production, la maintenance de l’installation et le contact avec le gestionnaire de réseau (GRD).

Problème de facturation : qui envoie la facture aux membres de la communauté ?

La question de la facturation est le prolongement logique de la clé de répartition et de la convention interne. Une fois que l’on a défini « qui paie quoi », il faut déterminer « comment et par qui » la facture est émise. C’est un point opérationnel critique qui peut vite devenir un casse-tête si il n’est pas anticipé. Chaque membre de la communauté continuera de recevoir une facture de son fournisseur commercial pour le complément d’électricité tiré du réseau. La question ici concerne la facturation du partage interne : la contribution aux frais de l’installation commune.

Trois scénarios principaux existent, chacun présentant un équilibre différent entre coût, complexité et simplicité pour les membres. Le premier scénario est l’auto-gestion : la communauté, souvent structurée en ASBL ou en coopérative, gère elle-même la comptabilité et envoie une note de frais à chaque membre. C’est la solution la moins chère en frais externes, mais elle demande du temps, des compétences en gestion et fait porter la charge administrative sur un ou plusieurs bénévoles.

Le deuxième scénario est de faire appel à un tiers facilitateur. Des entreprises ou des associations spécialisées (comme Enogrid ou certaines offres d’Energie Commune) proposent des plateformes logicielles qui automatisent le relevé des compteurs, le calcul des parts et l’émission des factures. Cette solution offre une tranquillité d’esprit et une neutralité appréciables, mais elle a un coût (frais fixes ou un pourcentage des montants échangés).

Enfin, le scénario le plus intégré et le plus simple pour l’utilisateur final est la déduction directe sur la facture du GRD ou du fournisseur. Dans ce modèle, le gestionnaire de réseau (Sibelga, ORES…) calcule le partage et l’intègre directement dans les données de facturation. Pour le membre, tout devient automatique. Ce modèle, bien que techniquement le plus abouti, est encore en cours de déploiement en Belgique et n’est pas encore disponible partout, étant souvent réservé à des projets pilotes. Le tableau suivant vous aidera à peser le pour et le contre de chaque option pour votre projet.

Trois scénarios de facturation pour les communautés d’énergie en Belgique
Scénario Acteur facturant Coût Simplicité Disponibilité
Auto-gestion La communauté elle-même (ASBL/coopérative) Faible (frais administratifs internes) Complexe (comptabilité, gestion des paiements, risque d’erreur) Immédiat
Tiers facilitateur Prestataire spécialisé (ex: Energie Commune, Enogrid) Moyen (frais fixes ou % du chiffre d’affaires) Élevée (externalisation complète) Selon disponibilité du prestataire
Déduction sur facture GRD/fournisseur Gestionnaire de réseau ou fournisseur intègre le partage Faible (intégré aux tarifs) Très élevée (automatique) En cours de déploiement (pilotes chez Sibelga, ORES)

Pourquoi devenir coopérateur d’une éolienne rapporte plus qu’un compte épargne ?

Au-delà du partage d’électricité avec son voisin direct, l’implication dans la transition énergétique peut prendre une autre forme, plus large : l’investissement citoyen dans des projets d’énergie renouvelable, comme les coopératives éoliennes. La question n’est plus seulement de réduire sa facture, mais de faire travailler son épargne de manière utile et rentable. Et à ce jeu, l’investissement dans une part de coopérative énergétique se révèle souvent bien plus intéressant qu’un compte épargne traditionnel, dont les rendements peinent à couvrir l’inflation.

L’attrait principal est bien sûr financier. Le dividende annuel versé par les coopératives d’énergie agréées (comme Ecopower, Cociter ou Courant d’Air) se situe généralement entre 2% et 5%, un rendement net bien supérieur à celui de l’épargne classique. Mais le bénéfice ne s’arrête pas là. En Belgique, pour encourager cet investissement citoyen, il existe une exonération du précompte mobilier sur les dividendes jusqu’à un certain plafond, ce qui maximise le rendement net pour le coopérateur. L’économie directe peut aussi être tangible, comme en témoigne l’expérience des membres de la communauté de Ganshoren qui partagent l’électricité de l’école voisine.

L’un de ses membres, Pierre Andrianne, expliquait à la RTBF l’évolution de la rentabilité de leur projet de partage :

Au départ c’était une économie de près de 50€/an pour un consommateur moyen, et maintenant, on peut facilement tabler sur 200-250€/an.

– Pierre Andrianne, membre de l’ASBL Nos Bambins

Mais le « rapport » n’est pas que financier. Devenir coopérateur, c’est aussi investir dans du concret, du local. Vous savez que votre argent finance l’éolienne que vous voyez tourner au loin, ou les panneaux solaires sur le toit de l’école du village. C’est un investissement tangible et porteur de sens. De plus, les coopératives fonctionnent sur le principe démocratique « un membre, une voix ». Vous n’êtes pas un simple actionnaire, vous êtes un co-propriétaire avec un droit de regard sur la gouvernance et les orientations du projet. C’est cette combinaison de rendement financier, d’impact local et de participation démocratique qui rend l’option bien plus « riche » qu’un simple placement financier.

Comment relever et encoder vos index certifiés pour obtenir vos CV trimestriels ?

Pour les propriétaires d’installations photovoltaïques en Wallonie, la production d’électricité verte ne se traduit pas seulement par une réduction de la facture, mais aussi par l’octroi de Certificats Verts (CV). Ces certificats, dont le nombre dépend de votre production, ont une valeur marchande et représentent un revenu complémentaire non négligeable. Cependant, pour les recevoir, une démarche administrative est requise : le relevé et l’encodage de vos index de production. C’est une procédure simple mais qui doit être effectuée rigoureusement et dans les temps pour ne pas perdre le bénéfice des CV du trimestre.

La procédure se déroule en plusieurs étapes claires, impliquant vous-même, votre gestionnaire de réseau de distribution (GRD – ORES, RESA ou AIEG en Wallonie) et le régulateur wallon, la CWaPE. La première étape, physique, consiste à noter les chiffres affichés par votre compteur de production (souvent appelé « compteur vert ») ou directement sur votre compteur intelligent si vous en êtes équipé. Cette relève doit être faite aux dates communiquées par votre GRD, généralement à la fin de chaque trimestre.

Ensuite, la partie administrative se passe en ligne. Vous devez vous connecter à votre espace personnel sur le site de votre GRD pour y saisir les index que vous venez de relever. Une fois validés par vos soins, ces données sont transmises automatiquement à la CWaPE. C’est le régulateur qui, sur base de ces index certifiés, va calculer le nombre exact de certificats verts auxquels vous avez droit et les créditer sur votre compte. De là, vous pourrez les vendre à un fournisseur d’énergie ou via un intermédiaire. La précision et la ponctualité sont les clés pour un flux de revenus de CV régulier.

Voici la procédure étape par étape pour ne rien oublier :

  1. Étape 1 – Relevé des index : Notez les index affichés sur votre compteur de production (compteur vert ou compteur intelligent) à la date requise par votre GRD (généralement trimestrielle).
  2. Étape 2 – Connexion à la plateforme : Accédez au portail en ligne de votre gestionnaire de réseau (ORES, RESA ou AIEG) avec vos identifiants personnels.
  3. Étape 3 – Encodage des données : Saisissez les index relevés dans le formulaire dédié de la plateforme, en vérifiant la cohérence avec la période précédente.
  4. Étape 4 – Validation par la CWaPE : Une fois encodés, vos index sont transmis automatiquement à la CWaPE qui valide la production et calcule le nombre de certificats verts à octroyer.
  5. Étape 5 – Réception des CV : Les certificats verts sont crédités sur votre compte CWaPE dans un délai de quelques semaines après validation.

À retenir

  • La première étape de tout projet de partage d’énergie en Belgique est de maîtriser les différences fondamentales entre les cadres légaux de la Wallonie et de Bruxelles.
  • Le cœur du projet humain réside dans le choix d’une clé de répartition des kWh qui soit perçue comme juste et équitable par tous les membres de la communauté.
  • Une convention interne écrite, détaillée et signée par tous n’est pas une option, mais la fondation indispensable qui garantit la pérennité et l’harmonie du projet.

Placer son épargne dans le vert : coopératives éoliennes ou fonds durables ?

L’envie de participer à la transition énergétique ne se limite pas au partage de l’électricité de son propre toit. Pour ceux qui souhaitent investir leur épargne dans le secteur des énergies renouvelables, un choix se présente souvent : faut-il devenir coopérateur dans un projet citoyen local ou placer son argent dans un fonds d’investissement « durable » ou « vert » proposé par une banque ? Si les deux options semblent aller dans la même direction, elles sont en réalité fondamentalement différentes en termes d’impact, de gouvernance et de fiscalité. Des projets de coopératives comme Sunsud, Rescoop Wallonie, COCITER, ou Corenove, sont déjà bien implantés et offrent une alternative concrète aux produits financiers classiques.

L’investissement dans une coopérative d’énergie citoyenne est un acte d’engagement direct. L’argent est fléché vers un projet spécifique et identifiable : une éolienne, un parc solaire, une installation de biomasse. L’impact est local, visible et contrôlé démocratiquement par les coopérateurs eux-mêmes, sur le principe « un membre, une voix ». À l’inverse, un fonds durable labellisé investit dans un large portefeuille d’entreprises internationales sélectionnées sur des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance). L’impact est plus dilué et la gestion est entièrement déléguée à un gestionnaire de fonds professionnel, sans pouvoir de décision direct pour l’épargnant.

La fiscalité belge penche aussi clairement en faveur des coopératives agréées, avec une exonération de précompte mobilier sur les premiers centaines d’euros de dividendes, là où les fonds classiques subissent une taxation de 30%. En revanche, la liquidité est l’avantage des fonds, dont les parts peuvent être revendues facilement, alors que la sortie d’une coopérative est soumise à des conditions statutaires. Le choix dépend donc de ce que l’on recherche : un placement financier liquide et diversifié, ou un investissement de sens, avec un contrôle démocratique, un impact local fort et une fiscalité avantageuse.

Comparaison entre coopératives d’énergie et fonds durables en Belgique
Critère Coopératives d’énergie citoyennes Fonds durables labellisés
Exemples Ecopower, Courant d’Air, Cociter Fonds ‘Towards Sustainability’
Impact Financement de projets locaux spécifiques (éolienne, panneaux solaires identifiés) Diversification sur portefeuille d’entreprises durables (moins de lien direct)
Gouvernance Un membre = une voix en assemblée générale (démocratie directe) Gestion déléguée à un gestionnaire de fonds (pas de pouvoir de décision direct)
Fiscalité (Belgique) Exonération du précompte mobilier sur dividendes (jusqu’à 800€ d’investissement pour coopératives agréées) Précompte mobilier de 30% sur dividendes et taxation des plus-values selon le régime applicable
Liquidité Faible : revente des parts soumise à conditions et délais (selon statuts) Élevée : rachat des parts généralement possible à tout moment
Rendement moyen Variable selon projets (2% à 5% annuels typiques) Variable selon marchés financiers

Pour concrétiser votre projet, l’étape suivante consiste à organiser une première réunion de voisinage pour évaluer l’intérêt commun et poser les bases de votre future convention.

Questions fréquentes sur le partage d’énergie en Belgique

L’électricité partagée au sein d’une communauté donne-t-elle droit à des certificats verts ?

Seuls les surplus injectés sur le réseau public sont éligibles aux certificats verts. L’électricité autoconsommée collectivement au sein de la communauté n’est pas comptabilisée pour l’octroi de CV. Le compteur intelligent permet de distinguer ces deux flux.

J’ai oublié d’encoder mes index à temps, que faire ?

Contactez immédiatement votre gestionnaire de réseau de distribution (GRD). Selon les cas, il est possible d’encoder les index avec retard, mais cela peut retarder l’octroi de vos certificats verts pour le trimestre concerné.

Le nombre de CV reçus ne correspond pas à ma production, comment contester ?

Vérifiez d’abord le calcul via les coefficients publiés par la CWaPE. Si l’écart persiste, vous pouvez introduire une réclamation formelle auprès de la CWaPE via leur formulaire en ligne ou par courrier recommandé, en joignant les preuves de votre production.

Rédigé par Sophie Mertens, Titulaire d'un Master en Sciences de l'Ingénieur à l'UCLouvain et certifiée RESCert pour le photovoltaïque. Sophie cumule 12 années d'expérience dans le dimensionnement d'installations solaires résidentielles et industrielles. Elle est aujourd'hui consultante indépendante pour l'optimisation de l'autoconsommation.